Portrait de David Cage
Article paru dans le Guide 200 jeux vidéo essentiels - Octobre 2007
 



David Cage traduit dans le langage du jeu des mondes et des concepts issus du ciné. Pour lui, l’histoire et la narration sont le centre même, et non l’enveloppe, de l’expérience de jeu.


A
vec Nomad Soul (99) et Fahrenheit (05), David Cage, ex-musicien pour la télé, la pub, le ciné ou le jeu vidéo, a révélé une approche novatrice du jeu d’aventure. « C'est un genre qui a un énorme potentiel, explique Cage, mais il faut qu'il soit traité comme du cinéma grand spectacle, plutôt que comme une succession d’énigmes incompréhensibles ». Ainsi, Nomad Soul et surtout Fahrenheit se saisissent habilement de modes de narration (écran partagé, flashback, voix off…), d’univers et de thèmes issus du septième art (influences de Blade Runner, Seven, Angel Heart…). Angelo Badalamenti, compositeur de David Lynch, a même écrit la musique de Fahrenheit.

Là où une école classique incarnée par Shigeru Miyamoto (Mario, Zelda...) affirme la primauté des mécaniques de jeu sur le scénario, David Cage estime que c’est l’histoire, l’émotion, le sens à transmettre qui doivent d’abord déterminer le gameplay. Cette vision « moderne » du jeu vidéo comme moyen d’expression reste encore très balbutiante. A ce titre, Fahrenheit regorge de scènes fortes, mais aussi de fausses promesses de liberté (nos actions ont peu de conséquences), de séquences maladroites... Très conscient de ces imperfections, le patron du studio parisien tiendra compte des critiques pour Heavy Rain, son prochain jeu sur PS3, 360 et PC. Interprété par de vrais acteurs, ce « film noir / thriller aux thèmes adultes » ira très loin dans la restitution réaliste des émotions humaines en 3D.